lundi 7 décembre 2015

Christine Angot : "Un amour impossible"

***** 2015, Ed. Flammarion, 218 p.
S'il n'y avait eu avalanche de critiques positives et de sélections pour les prix littéraires pour ce roman, je ne pense pas que je me serais risquée à lire un nouvel Angot... En effet, j'avais pourtant bien commencé ma relation avec cette auteure puisque son "Pourquoi le Brésil" m'avait bien plu. Mais cette lecture fut suivie de "L'inceste" et d'un autre titre dont j'ai oublié... le titre, qui m'ont coupé le souffle tellement le propos était cru et sans retenue. 

"Un amour impossible" m'a enchantée, tant la relation mère-fille est si touchante et bien rendue. Avec des mots justes, Christine Angot raconte la jeunesse de sa mère, Rachel Schwartz, en s'arrêtant sur la rencontre avec l'Homme, Pierre Angot. Rachel travaille à la Sécurité sociale à Châteauroux, Pierre est diplômé, cultivé, sa famille est d'un milieu aisé et vit dans les beaux quartiers du 17e à Paris.
S'il apprécie la compagnie de Rachel, Pierre lui trouve rapidement des limites, la corrige quand elle parle : la différence sociale est trop forte et il ne se gêne pas pour la prévenir que jamais il n'envisagerait de l'épouser. Mais elle pourrait néanmoins s'installer dans un petit appartement à proximité, juste pour la compagnie...
Voilà donc le personnage horripilant dont Rachel tombe folle amoureuse. Avec qui elle aura un enfant, Christine, qu'elle élèvera seule tandis qu'il se mariera avec une femme de son milieu.

Les chapitres suivants décrivent la vie tranquille qui s'écoule à Châteauroux, l'enfance de Christine autour de sa maman, de sa Mémé, de la tante et du tonton et des cousines... Le petit tricycle rouge. J'ai trouvé ces pages tellement naturelles... Et ce qui m'a littéralement conquise, ce sont les échanges entre Christine et sa Maman, qui transpirent d'amour, du bonheur tout simple d'être ensemble. Le repas du soir dans la petite cuisine, endives au jambon, gratin de pâtes...
"T'es gaie toi maman.Tu trouves ?Oh oui ! Tu danses, tu chantes, tu ris. Oh oui maman. T'es gaie."  
"J'étais toujours avec elle, ou sur le point de la retrouver. Soit j'étais assise à côté d'elle. Soit je marchais à côté d'elle. Soit je l'attendais." (p.87)
Rachel est une mère courage, elle change de travail, passe son permis pour ça, gagne en responsabilités. Plus tard elle envisagera de déménager à Reims, si elle est retenue pour un poste sur concours, et le remporte. Elle ne se laisse pas abattre.
Jusqu'à ce que le père refasse surface et s'invite ici et là auprès de la mère et de la fille. Rachel est heureuse, flattée. La réaction de Christine, qui de plus en plus fréquemment est invitée seule le weekend chez son père, est moins transparente. Elle rentre en adoptant un comportement mesquin envers sa mère, lui jetant à la figure qu'elle n'a pas l'érudition de son père. Elle devient distante. Ou bien elle rentre avec le cafard.
Ce n'est qu'incidemment que Rachel apprend, par un ami, que le père de Christine la viole depuis des années. Cette annonce la rendra malade, mais elle choisira cependant de ne pas aborder alors ce sujet avec sa fille. Qui, elle, se sentira encore plus seule. Et cherchera la raison de l'aveuglement de sa mère.
La deuxième partie du livre met en scène les deux femmes, Christine devenue adulte, Rachel vieillissante mais toujours aussi douce et aimable, et la relation difficile que l'une entretient avec l'autre. Rachel ne cille jamais quand sa fille lui raccroche au nez ou lui interdit de rester dormir ou souper chez elle. Tout à la fin, Christine entreprend de mettre les points sur les "i" avec sa mère, âgée maintenant de 83 ans mais encore alerte, et de lui énoncer l'interprétation qu'elle fait de l'inceste commis par son père. Ce long dialogue sur le tard entre la mère et la fille m'a moins touchée. Mais je n'en reste pas moins subjuguée par la personne de Rachel et la relation mère / fille superbement retranscrite dans ce livre.


"POURQUOI LE BRÉSIL" ***** - 2002 (lu le 28/10/2002)
Pour moi : une très bonne découverte. Le premier livre que je lisais de Christine Angot.
 «  Il avait constamment besoin de réaffirmer qu’il était libre. Qu’il pouvait faire ce qu’il voulait. Qu’il avait le droit d’aller et venir qu’on n’était pas obligés d’être collés. Comme des escargots, comme des limaces, qu’on n’était pas voués à la collitude. »
« On est passés par la rue Saint-Sulpice, il y avait un dépôt-vente, quand j’en vois un il faut toujours que je m ‘arrête, il m’attendait sur le trottoir en fumant. »
« Et que moi en particulier je voyais la paille dans l’œil de mon voisin mais pas la poutre dans le mien »
« Il est revenu, ça a pété encore. Il m’a dit : tu m’as manqué au cinéma. Je lui ai répondu : ça ne m’intéresse pas de te manquer quand je ne suis pas là. Ce qui m’intéresse, c’est que tu sois bien avec moi quand je suis là. »
« (…) je lui avais parlé, je lui avais dit que je ne pouvais plus rien supporter y compris la réflexion désagréable d’un type qui m’avait tenu la porte une heure plus tôt dans l’immeuble, une réflexion parce que j’avais oublié de dire merci, mais je n’avais pas vu qu’il me tenait la porte, je ne m’en étais pas rendu compte. Mathieu m’avait dit : tu es sur la ligne de crête, le moindre coup de vent t’abat mais c’est aussi ta force .
« Je me rappelais juste qu’en pleine nuit, alors qu’il occupait une bonne moitié du lit, moi je ne dormais pas, il s’était dressé sur le lit, il s’était assis, en me disant : allume la lumière, je veux que tu voies. Regarde. Je dors sur quinze centimètres. Ce qui était faux, il en avait la preuve sous les yeux »

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