samedi 16 juin 2012

Jacques Poulin : Découverte d'un grand écrivain ("Chat sauvage, Vieux Chagrin, Volkswagen blues, La traduction"...)

Une bien belle découverte: celle de l'écrivain québécois Jacques Poulin.
Né en 1937, écrivain et traducteur, Jacques Poulin m'a fait redécouvrir la beauté du passé simple. Ses romans sont des pages de vie à la ville, Québec, ou au chalet sur l'île d'Orléans. Il peut même nous emmener avec bonheur dans son vieux Volkswagen sur la piste de l'Oregon, de Québec à San Francisco.
J'ai commencé par "Chat sauvage", publié en 1998, sans savoir qu'il y avait une continuité dans ses différents romans. Alors après j'ai emprunté les ouvrages dans le bon ordre. Malheureusement, je suis aujourd'hui en manque : seulement 4 romans de ce merveilleux auteur francophone à la bibliothèque. Et même pas "Les grandes marées", son grand roman d'après la critique...
Je vais donc acquérir les autres pour combler mon besoin de lire Monsieur Poulin/Waterman, il fait désormais partie de ces auteurs dont force est de lire tous les romans pour se sentir bien à chaque fois.

Un conseil aux amateurs de belles pages, de belles phrases sobres, pas ampoulées mais dont chaque mot sonne si juste, et d'un style chaleureux : Découvrez Jacques Poulin (mais dans l'ordre) !
L'écrivain a eu cette phrase : "Et quand on lit un roman tard le soir, par exemple, c'est un peu comme si le livre devenait une sorte de refuge dans lequel on passerait une partie de la nuit.» (in Le Devoir, 25/03/2006)


Jacques POULIN - Volkswagen Blues ***** 1988
Réf. géographique : Canada/Québec/Etats-Unis - Genre : Road movie en minibus (Ed Babel, 323 p.)
L'écrivain s'appelle Jack Waterman, nom de plume choisi par son frère... Il incarne le même personnage que celui des deux précédents romans que j'ai lus de Jacques Poulin. L'écrivain évoque la maison de son enfance, près de la frontière US, avec sa grande galerie vitrée à l'étage et son grenier : c'est celle où vit l'écrivain du "Vieux Chagrin". Jack est aussi amateur de chocolat chaud... : nous sommes dans la continuité !

La Grande Sauterelle est moitié indienne Montagnaise. Elle est extrêmement susceptible pour tout ce qui touche à la culture ou à l'histoire des Indiens d'Amérique. Aussi le roman foisonne d'informations sur l'histoire des Indiens et leur lutte contre l'envahisseur blanc. Nous apprenons par exemple que le chef des Outaouais, qui s'appelait Pontiac, avait décidé d'unir les tribus du Midwest pour chasser les Blancs. les Indiens Illinois refusèrent et Pontiac leur fit la guerre, et mourut durant les pourparlers de paix.
Je sais donc à présent d'où vient le nom de la voiture Pontiac...
Le vieux Volkswagen a 195.000 km au compteur et ses petites habitudes de vieux tacot susceptible (par exemple: le pare-soleil tombe quand on dépasse 100 km/h).

Morceaux choisis :
- "L'écriture de Gabrielle Roy est très personnelle et il est toujours intéressant de regarder à quel endroit dans la phrase elle place ses adverbes". (p.47)

- Ville de Detroit : "Le musée s'appelait le Detroit Institute of Arts (...) ils débouchèrent dans la grande salle où se trouvait la murale de (Diego) Rivera. La salle mesurait près de 10 m de hauteur et elle était éclairée par la lumière naturelle qui venait du plafond en verre. L'oeuvre de Rivera couvrait les 4 murs de la pièce. Elle représentait, en des tons où dominaient le vert pâle, le jaune pâle et surtout le gris, de gigantesques machines industrielles autour desquelles s'affairaient des ouvriers aux visages sans expression. Les machines, ils le constatèrent en examinant les diverses parties de la murale, étaient celles de l'industrie automobile. (...) L'ensemble était lourd, triste et accablant. Au moment où un gardien annonçait que l'heure de la fermeture était arrivée, ils aperçurent, en plein milieu de la murale, sur le mur du côté sud, une petite tâche rouge vif. En s'approchant, ils virent qu'il s'agissait d'une automobile sortant de la chaîne d'assemblage. (...) La minuscule auto rouge était la seule tache de couleur vive dans l'immense murale de Rivera." (p. 101/102)

- Ville de Chicago : "This is the city that gave birth to the Encyclopaedia Britannica, Zenith TV's, Wrigley's gum, Quaker Oats and McDonald's hamburgers. But take a walk downtown and there are sculptures and paintings by Picasso and Calder and Chagall. Strange city... I don't know if I like her or not. But I think she's in my blood." (p.118)
- Ils rencontrent sur la piste de l'Oregon un vieux routard, un rambler, mais pas un tramp ni un bum, qui lit Jack London ! "Drôle de bonhomme, dit la fille. Il se prend pour Hemingway, dit Jack. (...) Il dit qu'il a vécu à Paris, rue du Cardinal-Lemoine... il parle de Cuba et de Key West, et il dit qu'il avait une maison à Ketchum, en Idaho... C'est la vie d'Ernest Hemingway !" (p.260)



Jacques POULIN - Le vieux Chagrin ***** 1989
Réf. géographique : Canada/Québec - Genre : Un écrivain retiré sur la grève au bord du lac (Actes Sud/Léméac, 159 p.) Quelle belle écriture. Quel plaisir de lire ces enfilades de mots simples mais choisis qui créent des phrases oeuvres d'art, et cette tendresse pour tout ce qui entoure l'écrivain.

Notre écrivain Jack Waterman passe ses journées au chalet, avec son chat "Vieux chagrin", d'où il contemple le Saint-Laurent en cherchant l'inspiration pour son livre.
Marika arrive dans sa vie au bon moment : quand il commence à écrire une histoire d'amour... Qui est cette Marika : le lecteur ne le saura guère, elle est évanescente, éphémère, est-ce un rêve ? En tout cas, Marika obsède notre écrivain qui a découvert près de la berge les affaires de la jeune navigatrice, son nom sur le livre des "Mille et une nuits" qu'elle est en train de lire... cela suffit pour qu'il s'évade entre rêve et réalité à la poursuite de cette femme qu'il ne parvient à croiser.
En revanche, une jeune ado paumée échoue bientôt au chalet, et trouve sa place aux côtés de l'écrivain et de Vieux chagrin.

Morceaux choisis :

- "Ainsi, depuis le début de l'été, je me levais tous les jours à 8h30, je buvais un jus d'orange et je mangeais des corn flakes avec la moitié d'une banane, puis 2 toasts avec du miel, et à 9h je montais au grenier en emportant ma tasse de café. J'écrivais jusqu'à midi. Après un lunch et une courte sieste, je me remettais au travail et ne m'arrêtais qu'au moment où j'avais écrit une page complète. Tant que cette page n'était pas terminée, il me semblait que je n'avais pas le droit de vivre, c'est-à-dire de marcher sur la grève jusqu'à la crique sablonneuse, de me balader en Volkswagen sans but précis, de manger un morceau de gâteau au chocolat avec 2 boules de crème glacée, ou d'aller jouer au tennis avec mon frère." (p. 51)


- "(...) le poulet au miel est une des deux ou trois recettes que je ne réussis pas trop mal. C'est facile : il suffit de bien préparer la sauce avec du beurre, du miel, de la moutarde et du curry, et d'arroser le poulet à plusieurs reprises pendant qu'il cuit au four." (p. 114)


Jacques POULIN - Chat sauvage ***** 1998
Réf. géographique : Canada/Québec - Genre : Promenade poétique dans le Vieux-Québec (Babel/Actes Sud, 228 p.)

4 personnages : Jack, écrivain public, la cinquantaine grisonnante, ayant eu une crise cardiaque plus jeune, Kim sa belle compagne, qui habite l'appartement au-dessus, et qui soigne les douleurs physiques et les âmes, le Vieil Homme, Sam Miller, conducteur de calèche, mystérieux, paumé, et la jeune sauvageonne Macha...
Jack reçoit un jour la visite du Vieil Homme qui lui demande d'écrire une lettre d'amour à sa femme, sans autres détails. Jack est touché par cette visite, et voudra en savoir plus : il suit le Vieil Homme. découvre que celui-ci connaît une jeune fille paumée, Macha : quelle est leur relation, sont-ils parents ?
De jolis épisodes : Quand les hirondelles apprennent à voler à leurs petits, les rues du Vieux-Québec, les habitudes de Petite-Mine la chatte, les saisons qui défilent...
Des réflexions inattendues : l'écrivain public qui se choque des erreurs commises par les traducteurs français quand ils traduisent en particulier des passages sportifs (baseball...).
Par rapport aux autres romans : un brin de sensualité... et une fin qui m'a plutôt surprise, assez audacieuse. On the road again.


Jacques POULIN - La traduction est une histoire d'amour ***** 2006
Réf. géographique : Canada/Québec (Ed Léméac/Actes Sud, 136 p.)

Nous retrouvons notre cher écrivain et désormais ami fidèle Jack Waterman.
Seulement le poids des années compte aussi depuis que nous l'avons découvert dans Volkswagen blues écrit 8 ans auparavant.
Monsieur Waterman est devenu un vieil homme, toujours écrivain, mais il a renoncé à son chalet isolé sur l'île d'Orléans, à son vieux Volks remplacé par un 4x4 Toyota bleu qu'il appelle Le Coyote...
A présent, il habite dans une tour moderne à Québec, avec ascenseur et confort. Et il n'a plus de chat auprès de lui...
Le deuxième personnage du roman est la jeune traductrice de ses romans en anglais, Marine, un prénom francisé à partir de celui de sa mère irlandaise Maureen, dont elle a hérité la chevelure roux flamboyant et les yeux verts. La couverture du livre est très belle : "Jeune femme aux cheveux roux" de Toulouse-Lautrec.
Ces deux-là, le vieil écrivain et la jeune traductrice, s'entendent à merveille. Chacun respecte la personnalité, le don et les habitudes de vie de l'autre, et partage son amour de la langue française et de sa plus juste et plus belle restitution en anglais. "Je l'entendais maugréer contre l'emploi des expressions "d'entrée de jeu", "au niveau de" et surtout "incontournable", mais il lisait quand même les articles jusqu'à la fin." (p.14)
Le recueil d'un jeune chat noir abandonné sera le prétexte d'une enquête un peu rocambolesque qui conduira notre duo à une jeune ado malheureuse, Limoilou...   
Morceaux choisis :
- "(...) il n'avait plus d'amis, c'est ce qui arrive quand vous vivez dans un monde imaginaire." (p.101)


CONTINUITE DANS LES LIVRES DE JACQUES POULIN :
  • L'écrivain Jack Waterman toujours, passionné par Ernest Hemingway (et spécialiste de cet auteur), son mal de dos qui l'oblige à écrire en position debout (comme Hemingway...)
  • Une jeune ado, Limoilou, écorchée de la vie, sauvageonne, en jean et marcel lâche, avec des cicatrices sur les poignets... et qui trimbale un petit chat noir dans sa capuche de sweater...
  • Les chats : "chaloupe" la grosse chatte du chalet et le petit chat noir qui débarque...
  • Le chalet sur l'île d'Orléans près de la ville de Québec, la nature, les bêtes... mais première fois que je vois mentionner les désagréments de la belle saison : maringouins, ouaouarons (grenouilles très bruyantes), bruit des machines agricoles...
Voir aussi :
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...