lundi 30 avril 2012

Maylis de Kerangal : "Tangente vers l'Est"

Tangente vers l'est par Kerangal***** 2011 - Réf. géographique : France/Russie/Sibérie
Genre : Chronique ferroviaire en Transsibérie

Maylis de Kerangal m'avait enchantée avec "Naissance d'un pont".
"Tangente vers l'est" est un court récit qu'elle a écrit dans le cadre d'un voyage, en Transsibérien, d'écrivains français invités en Russie en 2010.
Avec des mots choisis, des mots compliqués parfois, ou des phrases simples mais longues et franches, Maylis de Kerangal décrit la rencontre entre deux êtres que rien n'amenait à réunir :
  • Aliocha, jeune conscrit appelé au service "quelque part en Sibérie" (il ne sait même pas où), esseulé, fumeur, rêveur, ayant décidé de déserter à l'un des arrêts du train puisqu'il n'a pas réussi à éviter la conscription en mettant enceinte d'au moins 6 mois une promise.
    Un rêveur qui n'a même pas de promise, mais qui veut rentrer chez lui dans le petit appart' communautaire auprès de sa mère et sa grand-mère. Tout sauf l'armée, la violence, les bizutages, "la Sibérie"...
  • Hélène, française de 35 ans, depuis un an amoureuse d'Anton, le "maître" d'un grand barrage près de Krasnoïarsk.  Hélène a décidé de quitter Anton et la Russie, et "saute" dans le Transsibérien pour ensuite rejoindre Paris depuis Vladivostok. Hèlène n'a jamais vu la Place Rouge, elle ne parle pas russe, ou quelques mots, mais elle connaît par coeur Anna Karénine et la musique du Docteur Jivago. Et elle se rappelle des leçons de géographie : la taïga, la toundra, la steppe... Hélène fume, aussi.
Trois personnages gravitent aussi autour d'eux : la provodnitsa blonde des 3e classes et la provodnitsa brune du wagon de première classe (les hôtesses de rails), et le sergent Letchov chargé d'encadrer les recrues. Et tandis qu'Aliocha bien maladroitement tente de s'esquiver du train, la blonde l'a à l'oeil... Mais quand il rencontrera "au fumoir" Hèlène, et lui demandera de le cacher dans sa cabine de 1ere..., la provodnitsa brune ne les dénoncera pas.
Que se passe-t-il durant ces 17 heures de trajet, dans cette cabine exiguë qu'ils partagent ?
De la gêne, de l'inquiétude, de l'incompréhension, de la fatigue, pour Hélène des remords d'avoir cédé et caché le jeune appelé, pour Aliocha de la faim, de la méfiance aussi, et de la peur quand le wagon est fouillé...
Puis, la glace fond peu à peu entre les deux voyageurs, entre la touriste étrangère et le conscrit déserteur. Le train arrivera à destination, chacun ira vers son propre destin. Et Hèlène aura aperçu le Lac Baïkal, l'apogée de tout voyage dans les fins fonds de la Russie.
Le livre offre au lecteur l'opportunité de "vivre" son premier voyage à bord du mythique Transsibérien que l'on traverse de bout en bout, des 3e classes bondées de conscrits inquiets, prostrés, aux deuxièmes où s'entassent familles avec sacs, marmaille, saucisson, casse-croûte, vodka, et plus on avance vers le bout du pays, plus les visages se font asiatiques. Et la première classe, plus calme, la provodnitsa qui veille sur le samovar et la propreté des toilettes. Mais tous ces passagers partageront un même moment magique: la train roulant au bord du lac Baïkal. 
(Ed. Gallimard/Verticales, 128 p.)

Extrait :
"Anton est né à Moscou, loin derrière le rideau de fer, famille exilée, il parle un français où bouillonne le russe, il est le fils de Gogol et de Staline, (...) il est Andreï Roublev et Marina Tstetaïeva, il est Iouri Gagarine, il est Tchaïkovski, il est Trostski lui-même, il se nomme Anton Tchekhov. Elle a de la Russie une vision tragique et lacunaire, montage confus où s'enchaînent la chute fatale d'un landau dans un escalier monumental d'Odessa, le tison brûlant sur les yeux de Michel Strogoff, la gymnaste Elena Moukhina qui voltige aux barres asymétriques, le visage de Lénine, fiévreux, haranguant la foule, le drapeau de l'Union soviétique au sommet du Reichstag, les photos trafiquées, les sourcils de Brejnev et la barbe de Soljenitsyne, La Mouette à l'Odéon un soir de printemps, les milliers de prisonniers qui creusent un canal entre la mer Baltique et la mer Blanche, Noureïev qui bondit par-dessus la barrière dans un aéroport, un défilé de chars sur la place Rouge (...)"  (pp.62-64)

Vie de couples

A l'époque de mon ignorance totale sur la façon d'articuler un blog, j'avais créé une page qui montrait des photos de "couples" : objets, animaux, fleurs... Vie de couple !!
A présent cette page n'existe plus, je l'ai remplacée par "Lectures d'Asie du Sud-est et d'Océanie". mais de temps en temps, en compensation, je publierai des instantanés de couples. Comme aujourd'hui.

 

jeudi 26 avril 2012

Il y a 26 ans, le 26 avril 1986 : Tchernobyl, La terre outragée

La Terre outragéeNous sommes allés voir le très beau film "La terre outragée" qui aborde courageusement et majestueusement l'avant, le pendant et l'après-catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl.
Un film de Michale Boganim, avec entre autres Olga Kurylenko, qui commente aussi en voix off en français le récit, et c'est tellement prenant.

26 avril 1986, catastrophe de Tchernobyl - "La radioactivité transforme la nature immédiatement affectée par ce sinistre. Les populations sont évacuées brutalement. Alexeï, condamné au silence par les autorités, préfère disparaître...
Dix ans plus tard. Pripiat, ville fantôme désertée par ses habitants, est devenue un no man’s land, gigantesque Pompéi moderne érigé en un étrange lieu de tourisme… Anya est aujourd’hui guide dans la zone, tandis que Valery y cherche les traces de son père et que Nikolaï, lui, persiste à cultiver son jardin empoisonné... Le temps faisant son œuvre, l’espoir d’une nouvelle vie leur sera-t-il permis ?" (source: Allo Ciné.com).

Que dire ?
Tchernobyl, nous l'avons vécu de loin et nous l'avons subi de près sans le savoir.
En Autriche, au moment de Tchernobyl, une des consignes marquantes pour la population fut entre autres de ne pas s'allonger dans l'herbe.
En France, j'étais à Paris en avril 86 (l'année du diplôme), je ne me souviens surtout que d'une consigne tardive sur les salades que nous ne devions pas manger... car sinon, heureusement/miraculeusement, le nuage "s'était arrêté aux frontières de la France" !. L'accident de Tchernobyl (située à 2500 km de chez nous) n'a été annoncé en France qu'à partir du 28 avril. Trois jours déjà que le nuage, les vents, les pluies avaient pu utiliser pour disséminer des nanoparticules contaminantes jusqu'en Corse... Mais les autorités se taisaient.

Le film "La terre outragée" est la première fiction tournée sur le site de Tchernobyl (la ville de Pripiat est à 3 kms de la centrale : c'est elle qui fut complètement dévastée par la catastrophe).
Pripiat était une ville-modèle avant cela, les familles travaillaient à la centrale, la municipalité offrait le maximum en termes de loisirs, aires de jeux, confort de vie... Et dans quelques jours, le 1er mai 1986, la ville allait même inaugurer un nouveau parc de jeux avec une grande-roue au pied de la statue de Lénine, et concours de poésie pour les enfants... 
L'ambiance était festive et détendue. Les jeunes mariés faisaient la fête; le petit Valéry plantait un pommier avec son père; le garde-forestier faisait sa tournée... quand lui fut le premier à se demander pourquoi soudain les militaires investissaient les abords de la centrale et posaient des barrages.
Ensuite, le film nous montre les images des pluies noires, du nuage de fumée au-dessus de la centrale... tandis que les mariés continuent de danser et que la vie suit son fil... sauf que le marié est réquisitionné pour aller soudain en urgence "éteindre un incendie"... La fête continue, mais sa jeune épouse ne le reverra jamais. Quand elle cherche à avoir de ses nouvelles, une infirmière lui dira crûment que son mari a été évacué et que de toutes façons, il constituait un réacteur nucléaire à lui seul tellement il a été irradié...

Anya, la jeune mariée, nous la retrouvons dix ans après, devenue guide touristique pour des visites de la zone de Tchernobyl. Eh oui, la catastrophe a attiré les tours operators qui emmènent groupes d'occidentaux ou autres aux abords de la centrale, au coeur de la ville dévastée et désertée de Pripiat - mais les visites sont encadrées : port d'une tenue, temps limité dans la zone, désinfection etc. 300 $ la journée AR.
Les touristes sont là, et Anya gagne ainsi sa vie en montrant le paysage de sa jeunesse, aujourd'hui figé et sans âme mais pour elle toujours aussi présent. A tel point qu'Anya, comme d'autres ressortissants de la région, ne peuvent quitter "la zone", ils y sont aimantés, envers et contre tout.
De fait, 10 ans auparavant, jeune mariée dansant en plein air sur le lac de la centrale, Anya avait été aux premières loges pour recevoir les pluies noires et se retrouver contaminée. Au fil du récit, nous nous apercevons en effet qu'elle perd ses cheveux sous la douche ou sur l'oreiller... et en fin de film, Anya se coiffe carrément d'une superbe mais invraisemblable perruque blond platine....

Un autre personnage fort du film, c'est le jeune Valery qui avait 9 ans le 26 avril 1986, et pour célébrer ce jour, plantait avec son père un petit pommier au bord de la rivière près de la centrale. Le père de Valery ? un ingénieur de la centrale qui tout de suite prit la mesure du désastre, fit évacuer femme et enfant, s'en fut acheter des parapluies pour protéger la population, mais compte tenu de la chape de plomb informative, ne put faire plus pour alerter ses congénères.
Pourtant, équipé de son compteur geiger, il mesurait avec effarement les taux de radioactivité partout même dans le marché à viande. Mais ne pouvait rien faire. Il disparut alors. On le crut mort au même titre que tout le personnel travaillant à la centrale ces jours-là.
Toutefois, Valéry son fils, se bat tout le long du film pour montrer qu'aucune preuve n'atteste de la mort de son père, alors même que sa mère a fait le deuil de son mari. Au contraire, il sent que celui-ci est en vie. Se retrouveront-ils ? On l'espère. Le moment du film où Valery, qui est moqué par ses copains de classe qui le traitent de "bonhomme brillant" du fait des radiations,  lit devant la classe sa rédaction concernant l'accident, son père... est poignant. C'est l'un des plus beaux moments du film.

J'aurais souhaité parler davantage de cette tragédie, de ce film magnifique... mais je tiens à publier ce billet à la date anniversaire du 26 avril.
Les quelques souvenirs ou faits personnels se rapportant à la catastrophe, dans ma vie professionnelle ultérieure, tiennent à peu de choses: à la suite de déplacements en Ukraine, se voir offrir des bouteilles de "champanaskoye"/ vin blanc pétillant, mais datés de 1986, 1987 : les "cuvées Tchernobyl", donc poubelle.
Et en déplacement à Minsk (Biélorussie, pays limitrophe qui "prit" de plein fouet le nuage radioactif...), l'attention portée sur le site du ministère des Affaires étrangères français de ne pas manger de baies ou de champignons, et pourtant nous étions en juin 2008.. 22 ans après la catastrophe. (La population biélorusse n'a certainement pas eu l'information ou les moyens de se passer de cette consommation).

Aujourd'hui, le président ukrainien a remercié les donateurs du monde entier qui participent au financement du remplacement du sarcophage actuel (les fuites montrent dans les alentours des taux de radioactivité 60% supérieurs à la normale). Cela dit, il faudrait au moins 30 ans pour mettre en place le nouveau sarcophage et décontaminer et évacuer le périmètre contaminé au moyen de robots...


Ci-après : un témoignage du groupement Criirad qui s'est opposé à la désinformation occidentale et française sur l'ampleur de la catastrophe jusqu'au fin fond de l'Europe :
"Tchernobyl se trouve en Ukraine, à 130 km au nord de Kiev, à plus de 2000 km de la France, mais la contamination s’étend rapidement. Dès le 26 avril, poussés par des vents d’altitude qui soufflent du sud / sud-est à environ 30 km/h, les panaches contaminés gagnent la Biélorussie et la Pologne. Le 27, ils progressent vers la Finlande et la Suède où des balises de surveillance vont permettre, le 28 avril, de donner l’alerte. À cette date, les vents soufflent de l’est et portent la contamination vers l’Europe centrale. Le territoire français est atteint dès le 29 avril -– une très forte augmentation de la radioactivité de l’air est attestée à Verdun, dans la Meuse et à Marcoule, dans le Gard. Le 1er mai, le «nuage de Tchernobyl» recouvre la Corse et la quasi-totalité de l’hexagone.(...) .Le sentiment de sécurité est renforcé par la publication de cartes météorologiques montrant que la France est protégée par un anticyclone.
(...) aucune recommandation pour éviter de rester sous la pluie ni pour empêcher les enfants de jouer dehors les premiers jours de mai ; aucune restriction sur la commercialisation des aliments critiques (lait frais, fromage frais, légumes à larges feuilles, etc.) provenant des zones les plus touchées." Source : Crrirad


Depuis, le monde a été confronté à la catastrophe de Fukushima. Il n'est pas question dans ce billet de remettre en question l'énergie nucléaire sinon de prôner un contrôle international des installations obsolètes et dangereuses "  à la Tchernobyl", et pour une information honnête des populations.

mardi 24 avril 2012

Zarbi : Paris, Noël, Bus RATP...

Mots-clés : Paris, Ville des lumières, Fêtes de Noël, Bus RATP...
Vue de Paris illuminé pour les fêtes à travers la fenêtre d'un bus de la RATP qui passait au bon moment devant l'objectif !

C'était le 26 décembre 2006, sortie avec les enfants, froid de canard, lumières de fête...

Et un petit lutin... non il ne va pas se faire téléporter dans "Star Trek" : il est simplement happé par les lumières de Paris... Petit lutin de 7 ans.

Téa Obrecht : "La femme du tigre" (ex-Yougoslavie)

La femme du tigre  par ObrehtThe tiger's wife ***** 2011
Ref. pays : Etats-Unis/ex-Yougoslavie/Serbie/Bosnie
Genre : Saga dans les Balkans et guerre en contrepoint

Un livre dense qui relate l'histoire contemporaine de Natalia, médecin humanitaire partie vacciner des enfants dans un orphelinat d'une région "bombardée par les nôtres", l'annonce du décès de son grand-père en cours de route, et les souvenirs de Natalia sur la vie passée avec son grand-père...
Prétexte à nombre d'histoires parallèles, récits de croyances religieuses, de superstitions, au sujet des morts qui ne le sont pas vraiment tant que... (lire le livre pour comprendre !).

L'écriture est remarquable, très bien restituée en français par la traductrice.
Attention aux lecteurs "volages" : le roman requiert une certaine dose de concentration pour s'y retrouver avec les personnages passés, présents, réels, imaginaires, originaires de telle région ou de telle autre de l'ex-Yougoslavie... Je ne pense pas que l'on puisse dire que "La femme du tigre" soit un roman facile à lire. Nonobstant, c'est un très bon livre, merveilleusement bien écrit (l'auteur n'a que 25 ans, mazette !) et bien traduit.

Au début, et même pendant un moment, nous hésitons à identifier cette région, ces pays des Balkans, cette guerre : l'auteur ne donne pas de précisions, au lecteur de se refaire l'histoire. Mais une histoire récente et qui pour des lecteurs européens "parle" beaucoup. Et une histoire de l'Histoire remarquablement mise en mots par l'auteur. Au fil du récit, l'on déduit que Natalia est serbe, et confirmation est faite que l'ex-Yougoslavie est cette région des Balkans à laquelle le résumé de l'éditeur fait (prudemment) allusion. L'auteur se réfère à Belgrade comme étant "la Ville", Tito n'est jamais nommé mais désigné comme "le Maréchal"... En revanche, des noms de villages sont réels (Sarobor..., mais je n'ai pas trouvé trace du village de Galina sur le web).

Les moments forts du roman (méli-mélo chronologique) :

  • Avant/après-guerre pour Natalia: Contrôles des passeports aux frontières, attention portée aux consonances des noms de famille, à l'origine religieuse...
    La Ville... Bruit des bombes, éclairages rougeoyants des sites en flammes.
    Se préoccuper du sort des animaux du zoo, l'éléphant se promenant en ville, le tigre qui dévore ses propres pattes.. les habitants qui déguisés en animal (un pyjama ou un plumeau sur la tête suffisent) font le piquet devant le zoo pendant le couvre-feu.
  • Natalia : grand-père orthodoxe, marié à la grand-mère musulmane ("mahométane") de Bosnie qui ont vécu leurs premières années heureuses de mariage à Sarobor dans la région natale de la grand-mère.
  • Le "Livre de la Jungle" corné... que le grand-père portait toujours dans sa poche : grâce à Téa Obrecht, nous redécouvrons le bestiaire du roman de Rudyard Kipling ("une mangouste, pas une fouine"... qui s'appelle d'ailleurs Rikki Tikki Tavi (!)).
    L'affection pour les animaux tient son rôle dans le livre puisque le grand-père a rituellement toutes les semaines emmené sa petite fille au zoo.
  • "L’homme-qui-ne-mourra-pas" que croise le grand-père à différentes époques (leur première rencontre reste inoubliable - l'homme-qui-ne mourra-pas, en passe d'être mis en terre,  se lève de son cercueil et demande un verre d'eau au grand-père - mettant en émoi tout un village) : ce personnage, victime d'un sort l'empêchant de vieillir et mourir, porte sur lui une tasse dans laquelle il décrypte l'empreinte du  marc de café bu par ses interlocuteurs et sait immédiatement si ceux-ci vont vivre ou mourir rapidement.
    NB : Après avoir lu ce livre, qui refera le test du marc de café !
  • Les études de médecine de Natalia et Zora et toutes les anecdotes: comment obtenir un passe-droit pour disposer d'un cadavre à disséquer, et la quête illégale d'un moule de crâne de l'autre côté de la frontière... Des moments "drôles" du récit !
  • Des histoires dans l'histoire ou bien des "digressions" : la jeunesse de Luka le boucher, jadis musicien traditionnel passionné par son art et sa dérive en boucher violentant sa femme, la vie de Darisa le chasseur d'ours taxidermiste, celle de l'apothicaire musulman contraint de dissimuler son origine depuis l'adolescence...
  • Et la Femme du Tigre: sourde et muette, "mahométane", abusée par son mari Luka le boucher, et dont l'histoire (dont Natalia a toujours cru qu'il s'agissait d'une légende) est basée sur un épisode véridique de la jeunesse du grand-père de Natalia : dans son village natal de Galina, où vivaient aussi Luka le boucher et sa femme sourde-muette, rôdait un tigre échappé d'un zoo suite aux bombardements allemands en 1941. Alors que le village est en émoi, que la chasse au tigre est ouverte, la sourde-muette nourrit l'animal et l'apprivoise quasiment. Elle devient "la femme du tigre".
    NB : la référence au tigre échappé du zoo, nous l'avons découverte dans le film Underground (1995) d'Emir Kusturica, qui s'inspirait du fait réel de l'époque des bombardements nazis sur Belgrade.
  • Episode absolument incroyable et inoubliable : La famille de "Duré" qui creuse dans le verger d'une propriété toujours habitée, pour retrouver le cadavre d'un cousin enterré là pendant la guerre en toute précipitation, dans une valise, des années avant, et dont l'âme du mort ainsi enterré sans sépulture a jeté un sort sur la famille. Et la joie et le soulagement de retrouver la valise, après avoir mis sens dessus dessous le verger, et de pouvoir laver les os et effectuer le rite avec le "coeur" du défunt.

L'un ou les deux récits "dans le récit" qui m'ont le plus marquée :
  • Celui de l'apothicaire qui parvient à dissimuler sa vie durant ses véritables origine et religion, et qui commet un geste somme toute assez surprenant vis-à-vis de sa coreligionnaire la "femme du tigre"...  Il connaîtra ensuite un sort terrible au moment du conflit.
  • Définitivement marquant : la famille hirsute, les hommes patibulaires, qui passent leur temps à creuser le verger à la recherche des ossements d'un cousin qui leur porte "la poisse"... Leurs façons "sans façons" d'occuper le terrain des propriétaires toujours présents, l'alccol, leur rapport tellement empreints de croyances et superstitions vis-à-vis de leurs enfants maladifs et malades... Et, finalement, que le pragmatisme de Natalia vainque leurs superstitions et qu'elle obtienne que ces enfants puissent être soignés et vaccinés : une sacrée bataille rondement menée !

Ma question : Pourquoi le livre porte-t-il finalement ce titre "La femme du tigre" ?
Il est vrai que j'ai été plutôt déçue de la façon soudaine dont se termine l'épopée de cette "femme titre", sans que le récit ne reparle plus d'elle ensuite (Où a-t-elle été enterrée ? Et le tigre ? etc.). Un autre titre m'aurait semblé plus approprié, mais laissons à l'auteur ses raisons profondes.
 
Les chapitres :
La côte / La guerre / Le vignoble / Le tigre / L'orphelinat / L'incendie / Le boucher / Le coeur / L'ours / La croisée des chemins / Le bombardement / L'apothicaire / La rivière

Extraits choisis :

- J'ai bien aimé l'extrait suivant, parce qu'il parle de chien... mais surtout parce qu'il témoigne bien du lien d'affection unique qui lie Natalia à son grand-père, quand celle-ci quelques années plus tard adoptera le même comportement que lui en voyant un chien. Cela se passe de mots ! :
"Mon grand-père caressant le chien, s'écriait d'une voix de marionnette d'émissions pour enfants :
"Tu es un chien toi. Tu es un chien toi. Tu sais où tu es. Tu es un chien toi." La langue du chien lui sortait alors de la bouche et il se mettait à geindre. Au bout de quelques heures je lui dis : "mince alors grand-père, j'ai pigé que c'était un chien."
Bien sûr je ne me doutais pas que, à peine quelques années plus tard, je rappellerais à tous les chiens croisés dans la rue qu'ils étaient des chiens, avant de leur demander s'ils savaient où ils étaient."


- "Mais à présent que le pays vivait sa dernière heure, il semblait évident à mon grand-père - autant qu'à moi d'ailleurs - que le cessez-le-feu nous avait donné l'illusion du retour à la normale mais pas la paix. Quand un combat vise un objectif précis - se libérer d'un jougs, défendre un innocent -, on peut espérer le mener à terme. quand le combat consiste à démêler son identité -son nom, ses racines, son attachement à tel monument ou à tel événement -, il n'aboutit qu'à la haine et à la longue et lente avancée de ceux qui s'en nourrissent et qui en ont été gavés, délibérément, par leurs prédécesseurs. Dans ce cas-là, le combat n'en finit jamais, il se poursuit par déferlantes, et parvient encore à surprendre ceux qui espéraient avoir terminé de lutter."

(Ed. Calmann-Lévy, Trad. Marie Boudewyn, 335 p., Orange Prize 2011)


Bio express : Téa Obrecht est née en 1985 à Belgrade, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 7 ans aux côtés de sa mère, de son grand-père (catholique romain de Slovénie) et de sa grand-mère (musulmane de Bosnie). A l'éclatement de la guerre civile en 1992, la famille est partie vivre à Chypre puis en Egypte. La guerre finie, en 1997, ses grands-parents sont rentrés à Belgrade tandis que Téa, 12 ans,  et sa mère s'installent aux Etats-Unis. Téa Obrecht enseigne dans une université américaine et a publié ce livre (son premier livre...) à l'âge de 25 ans.


Voir aussi sur ce blog :

lundi 23 avril 2012

Vladimir Sorokine : Eloge de la nature et des fleurs dans Roman (suite)

Cet article renvoie à un précédent billet du 17/04/2012: "Eloge des fleurs des champs par Vladimir Sorokine", où l'auteur dans son roman intitulé "ROMAN", m'impressionnait par ses superbes descriptions de la nature et de la campagne russe.

J'ai depuis terminé ce roman, dont le résumé de couverture indiquait que le lecteur devrait affronter "un dénouement stupéfiant" qui le laisserait "effaré".
De fait, hier soir, à la lecture de la fin du roman: effarement, tripes nouées, dégoût, cauchemar, incompréhension, incrédulité... Sentiments qui m'ont amenée à relire les premières pages du roman pour y déceler quelques éclairages rétroactifs...
Je reparlerai de tout cela quand je serai en mesure de rédiger un billet sur ce roman, avec un peu plus de recul et en espérant que les visions atroces de la fin se seront entre-temps quelque peu dissipées de mon esprit.

Je reviens donc aux premières pages du roman que j'ai relues "après coup", et qui m'ont permis si je puis encore m'exprimer ainsi à propos de ce livre, de me délecter de la prose de l'auteur dans ses descriptions de la nature, et en l'occurrence dans l'introduction: l'atmosphère, le calme, la félicité qui règnent dans un cimetière russe "envahi d'herbes folles, à l'orée d'un petit village".
Tableau de fleurs champêtres peint
par ma grand-tante Germaine, née il y a près d'un siècle

Extraits (pages 1 et 2) :
"Que de broussailles à l'entour !
Quelle désolation, quel triomphe, aussi, de la vie sur la mort !
Une herbe dense, succulente, recouvre tout. Comme elle est belle, vigoureuse, multiple !
Là poussent le millepertuis et l'épilobe, la menthe et l'origan, le polytric et la tanaisie.
La fraise des bois prend ses aises, tapis bouclé, sur les tertres presqu'imperceptibles des tombes, jouant des perles pourpres de ses fruits; la fougère masque les croix vermoulues de ses feuilles ciselées, l'ortie se hausse du col, dépassant les petites enceintes rouillées des sépultures."
(...) Sous les larges frondaisons règnent la paix et la fraîcheur. Le soleil de midi y pénètre à peine, risquant, de temps en temps, un mince rayon sur une traversée suédée, avant de s'abîmer dans l'abondante verdure.
Que l'on est bien, ici ! Que librement et tranquillement l'on respire ! L'on est saisi, soudain, par l'envie de s'asseoir dans l'herbe, de s'adosser au tronc bossué d'un vieux bouleau et d'écouter, d'écouter encore et encore le murmure sans fin des arbres, oubliant tout le périssable, le futile, l'éphémère.
Odeurs de fraises des bois, de décomposition, parfum des fleurs de la forêt. Les oiseaux se répondent dans les vertes hauteurs. Un gros bourdon zonzonne sur la blancheur rosée d'une fleur de trèfle".

Voir aussi :

dimanche 22 avril 2012

Dessins d'antan : Illustrations de livres pour enfants

Ayant emprunté récemment deux livres "Jeunesse" (voir chronique du 21/04/12), j'ai été assez déçue par les illustrations qui accompagnaient le texte. Dans le 1er livre, les dessins en noir et blanc faisaient peur ! et dans le 2e, les dessins étaient déjà plus sympathiques mais assez primaires (alors que le livre s'adressait aux plus de 10 ans...).

Heureusement, bien d'autres livres pour la jeunesse sont plus joliment illustrés.

A cet égard, voici quelques planches (scannées) des illustrations destinées à un conte pour enfants, réalisées par ma grand-mère paternelle Roberte, née le 4 décembre 1916.
Des dessins colorés, bucoliques, au style d'antan.
Les trois soeurs de la famille, Roberte, Germaine et Andrée avaient des doigts de fées : des artistes en peinture, couture, écriture, musique... nées au début du XXe siècle.
Germaine excellait aussi dans la peinture de miniatures destinées à être portées en bijoux.

 
 


samedi 21 avril 2012

K.Davrichewy : "Nom d'un chien" - F. David : "L'été où j'ai perdu mon chien"

Deux romans jeunesse sur l'enfance et le réconfort d'un chien dans des moments difficiles...

Nom d'un chien par DavrichewyKéthévane DAVRICHEWY - Nom d'un chien ***** 2001
Réf. pays : France : Type : Le chien est le meilleur ami de l'enfant solitaire
Petit livre racontant la solution que pense avoir trouvé la famille de Lou pour combattre sa solitude, son renfermement, sa timidité : lui offrir un bébé labrador. Mais Lou estime ne pas aimer les chiens et ne veut pas de cette Souna ! Une jolie petite histoire qui finit bien, c'est grâce à son bébé chien que Lou se fera des amis et elle réalisera combien elle est attachée à Souna.
Je me suis offert une petite partie de rigolade quand la gamine dresse la liste de ses malheurs depuis l'arrivée du chiot :
"1. J'ai envie de vomir. Le chien fait pipi et caca dans toute la maison.
2. J'ai honte. Mes parents passent des heures accroupis pour nettoyer.
3. Je suis obsessionnelle. L'odeur des excréments est insupportable et persistante, elle me poursuit dans mon sommeil, dans la rue, à l'école.
4. J'ai l'air stupide parce que j'ai peur que l'odeur n'ait imprégné mes vêtements, je passe mon temps à renifler.
5. Je ne peux plus inviter personne. Le sol de l'appartement recouvert de moquette est maintenant constellé d'auréoles.
6. Je ne peux plus voir ma mère seule. Partout où elle va, elle tient une boule de poils dans ses bras. (...)
7. Je ne peux plus compter sur mes parents. Quand ils ne lisent pas des livres sur les labradors ou l'éducation des chiots, ils font des exercices et des jeux et passent leur temps à 4 pattes.
8. Je ne peux plus compter sur personne. Chaque fois que quelqu'un franchit le seuil de la maison, il est immédiatement transformé en admirateur et esclave de la boule de poils.
9. Je n'ai plus d'espace. Ma maison est devenue une aire de jeux pour chien, il y a un panier dans la cuisine, des croquettes pour chien là où je posais mes feutres, des os, des canards en plastique qui traînent partout. (...).
10. Je n'ai plus de solitude. La boule de poils me suit partout, remue la queue bêtement et me regarde avec la même attitude navrante que les chiens en photo sur le livre de Mae (...). Je la repousse mais la boule de poils n'a aucune dignité et revient toujours.
11. Je n'ai plus d'avenir. Papa et Maman m'ont prévenue: dès que le chien aura été vacciné, il faudra le sortir 3 fois par jour. Nous ferons partie de la horde de promeneurs de chiens qui guettent les crottes, nous serons du côté des pollueurs de rue, nous serons obligés d'avoir des conversations de chiens avec tous les propriétaires de chiens (...).
12. Je ne dors plus. Pour toutes ces raisons mais aussi parce que le chien pleure à 4 h du matin, à 5 h du matin, à 6 h du matin. A 7 h du matin, il faut se lever."

Voilà, un petit livre pour enfants, court, amusant, sur le réconfort que peut apporter un animal pour vaincre son isolement, avec des réflexions réalistes sur la phase "chiots" ! Mais que les images sont affreuses : de quoi faire peur aux petits lecteurs ! (Ed. L'Ecole des Loisirs, 61 p.)

François DAVID - L'été où j'ai perdu mon chien ***** 2004
Réf. pays : France - Type : Le chien meilleur ami de l'ado dont les parents se séparent
"Les parents d'Aurélie se séparent. Heureusement, elle a une confidente, sa chienne Coquine. Mais pendant les vacances, Coquine s'enfuit, c'est le drame. Aurélie rend son père responsable. Pour renouer le dialogue avec sa fille, il n'a qu'une solution : retrouver la chienne. Pour aborder avec tendresse le thème délicat de la séparation." (Ed. Folio Junior, 96 p.)

Un bon roman jeunesse, qui ne cache pas les phrases assassines que peuvent se lancer des parents au bord de la séparation devant leur enfant de 12 ans.
Les parents se disputent au sujet de tout, y compris à propos du chien qu'Aurélie leur demande de lui acheter à la foire... La mère prend la décision finale de prendre le chien, le père ne fera que répéter à sa fille tout au long du récit que c'est sa mère qui a pris le chien, donc c'est son problème...

L'histoire est prenante, la "gamine" qui a 14 ans à présent et partage sa semaine et ses week-ends entre ses deux parents divorcés, se raccroche à l'amour de sa chienne Coquine. Quand Coquine est perdue, le père réagit froidement et rentre sur le champ pour honorer un RV de travail.
Aurélie décide alors de ne plus le voir ou lui parler. C'est radical. Le papa, dévasté, quitte alors son travail et part en quête 3 mois après de l'animal perdu. Il vacille, révèle sa fragilité, son amour pour son enfant, mais ne parvient pas à retrouver Coquine.
Pendant ce temps, la coquine de Coquine, comme dans les histoires incroyables de chiens qui parcourent des centaines de kms pour retrouver leur maître, finit par rentrer à la maison, un sac d'os en piteux état mais débordant d'amour infini pour sa petite maîtresse. Et ce retour scellera la réconciliation d'Aurélie et de son père qui, enfin, acceptera de prendre aussi Coquine le week-end et s'attachera aussi au toutou (un briard, c'est encombrant quand ça grandit, comme il le constate !).
J'ai trouvé ce petit livre très prenant, et très touchant. Bon, que Coquine ait pu rentrer de Marseille à son domicile relève un peu du conte, mais enfin, de tels récits de chiens existent, alors...

Consultez aussi la page LECTURES CANINES !
Pour adultes, ados et enfants, amis de la gente canine...
Et les articles DOGGIES pour tous les "doglovers" !

mercredi 18 avril 2012

Kit de survie "17 ans"

Pour une journée extraordinaire, à quelqu'un d'extraordinaire : Bon anniversaire !

Sous différents angles, tout est à peu près là pour survivre une journée. Et les bougies sont allumées, pour te souhaiter un super anniv' à 8.000 kms de distance !

"Are you talking to me !! ???"
"But he's almost extinct..."
"Leave the gun. Take the cannoli"

"Put the blame on Mame, boys"
" This is en emergency, Martha!"
"You are a credit to this family !" ...
BIZZ !

mardi 17 avril 2012

Le zarbi : Titanic (suite) - L'épave, l'escargot et les poissons...

Grospèpère scotché à la vitre, avec le Titanic en arrière-plan
Résumé du 1er épisode : L'un de nos enfants (que nous ne nommerons pas) avait un jour décidé de faire couler sa belle maquette du Titanic... au fond de notre aquarium à poissons. Lire l'article...

Ce fut certainement au début une drôle de surprise pour les poissons et escargots d'eau de notre aquarium. Mais rapidement, les escargots ont commencé à ramper sur l'épave, s'engouffrer dedans, idem pour les poissons rouges ! Le Titanic (maquette) découvrait enfin "la folle vie aquatique", c'est certes plus amusant que de s'empoussiérer sur l'étagère dudit enfant...

Et voilà comme promis la vidéo
(NB : en bas à gauche de l'épave, figure notre héros "GrosPèpère", notre plus gros escargot - arrivé chez nous clandestinement caché dans une des plantes de l'aquarium - il y a un zoom sur Grospèpère en fin de vidéo...) :


Et en prime, une deuxième vidéo mettant en scène en gros plan collé sur la vitre, notre formidable "GrosPèpère", complètement fan du Titanic (mais pour le tournage de la vidéo, GrosPèpère a fait son délicat et n'a pas voulu décoller de la vitre...). Vie de star ... go ! (vous avez capté le super jeu de mots :=))


Pour finir, félicitations renouvelées à  notre enfant de 6/7 ans qui consacrait tant d'application à dessiner le Titanic. Et voici donc ce que vous n'avez jamais vu ailleurs : LE DOUBLE TITANIC !


Avis aux amateurs d'oeuvres d'art
: ces dessins ne sont hélas pas à vendre. Ils garnissent le mur descendant à la cave...

Vladimir Sorokine : Eloge des fleurs des champs par l'écrivain russe

J'aime beaucoup l'écrivain russe Vladimir Sorokine, même si ses livres nous plongent dans des réflexions cauchemardesques sur la situation d'un pays comme la Russie ("sa" Russie, "une" Russie ...), sur l'avenir des hommes, la folie, la dystopie...
La dystopie, explique le Larousse, est la "description, au moyen d'une fiction, d'un univers déshumanisé et totalitaire dans lequel les rapports sociaux sont dominés par la technologie et la science."
...Voilà : Vladimir Sorokine, né en 1955 à Moscou, est le chantre de la dystopie dans le paysage littéraire russe actuel (un aparté : étonnant qu'Emmanuel Carrère dans son livre Limonov ne mentionne pas une fois Sorokine... cela m'a frappée - sauf erreur...).

J'ai lu de Sorokine "La glace" (effrayant et admirable), "Journée d'un opritchnik" (terrible et désarmant), et "La tourmente" (que j'ai eu du mal à appréhender au début, mais comme il ne m'est pas possible d'abandonner une oeuvre de Sorokine car forcément, je finirai pas "entrer" dans le sujet pour me retrouver happée par la dystopie... j'ai tenu bon). Et la fin de" La tourmente" met en avant la puissance (la suprématie in fine ?) chinoise au milieu de la cacophonie russe - inoubliable cette fin : les Chinois, les téléphones portables, le train/traîneau...: une vision prospective de la géopolitique ?).  Ces livres vous laissent une trace indélébile, même si on ne les apprécie pas autant l'un que l'autre, on ne pourra les oublier. Pour revoir mon billet sur ces trois livres...

Je comptais lire ensuite "Le lard bleu" et "La voie de Bro" qui est la suite de "La glace". Ces 2 livres n'étant pas dispos à la bibliothèque, j'ai emprunté un autre roman de Sorokine : "Roman".
Je suis en train de lire ce roman "Roman", et j'apprécie la nouveauté du style quand je lis ces belles pages d'une Russie romantique à la Tourgueniev (je n'en suis qu'à la page 200 sur 594 !). Des descriptions de la nature, de la vie à la campagne, du quotidien agréable de ce printemps russe... Je n'ai pas l'impression de lire un Sorokine, au contraire je me repose le soir bercée par la lecture d'une si aimable prose romantique.

Malheureusement, j'ai lu la quatrième de couverture... "Au fil du récit et de l'action, l'auteur revisite tour à tour Pouchkine, Tolstoï, Tourgueniev et bien d'autres. La Russie des profondeurs, intemporelle, apparaît riche, chaleureuse, drôle, émouvante, aimant le bon boire et le bien manger. La maestria de Sorokine est éblouissante." (NB de moi : j'en suis à ce point du roman : éblouissant !) "Mais imperceptiblement le tableau se déconstruit et emporte brutalement le héros vers un destin contemporain et un dénouement stupéfiant qui laisse le lecteur effaré."

Le lecteur, donc moi comprise, en restera effaré... Hum, déja 200 pages de prose chaleureuse, de propos facétieux, de nature merveilleuse... et tout cela est appelé à finir en "effarement" ! De facto, cela devient un suspense grisant mais malfaisant que d'attendre le moment où tout va basculer dans l'horreur. Je cherche des signes, je guette le détail qui tue, et sachant ce qui attend le héros, effectivement il me semble distinguer ça et là des dissonances dans son comportement, le bonheur dont il nous fait part de regarder la nature, peindre un paysage, déguster les fraises arrosées de lait frais. Dissonance quand il perd sa maîtrise de soi dans le sauna, quand il se repaît nu dans la rivière des gouttes d'une pluie battante, voire quand son corps explose de joie alors qu'il aide les moujiks à faucher le champ. Ai-je raison : est-ce que ce sont là des indices de déviance à venir ? 400 pages à tenir.
La suite me le dira !

En attendant, ce blog "parle" de livres, mais aussi de fleurs ! et rarement ai-je lu une aussi jolie description des fleurs des champs qu'à la page 195 de "Roman", par Vladimir Sorokine... (Clin d'oeil à mon amie Valérie qui ne lit plus de romans, mais se passionne pour la botanique...).

Extrait :

"Est-il rien de plus beau, de plus charmant et de plus simple qu'un bouquet d'herbes et de fleurs des champs, au temps brûlant de la fenaison ?
Ni les roses éclatantes,ni les somptueux glaïeuls, ni les lys, ni les orchidées ne sauraient éclipser cette beauté unique, cette ample gamme de formes et d'inflorescences : campanules d'un bleu sombre, frémissant timidement, innocemment penchées sur leurs tiges fines; marguerites aimables dans leur simplicité; gracieuses renoncules aux fleurs jaune tendre, baignées de larmes, trèfles confiants, duveteux, d'un doux rose; millepertuis généreux, dense comme le tilleul épanoui; turbulent chardon-aux-ânes, à la magnificence princière; modeste épilobe; gueule-de-loup grisante de tendresse; laiteron frugal et droit, évoquant un guerrier moyenâgeux; solide et fielleux colza; orchis alambiqués, comme taillés dans du bois de santal; mille-feuille que l'on remarque à peine; stupéfiante fougère, enfin, qui enroule ses feuilles sculptées.
Que d'harmonie dans cette sorte de bouquet !
Cueilli de frais dans le pré que l'on n'a pas encore fauché, lié d'une herbe, il enchante les yeux, exhale le parfum entêtant de la prairie, attire les insectes qui zonzonnent au-dessus.
Nul besoin, pour lui, de coupe ou de vase. Un verre à facettes ou une flûte étroite souligneront qu'il est unique.
Roman aimait les fleurs des champs."

Et je ne peux m'empêcher d'ajouter la description d'un champignon (p. 250 : j'ai avancé dans le livre):

"Le champignon, humide, exhalait son inimitable arôme, qui fit palpiter le coeur de Roman, lui rappelant aussitôt son enfance et le plaisir de la cueillette. Un côté du chapeau marron clair était rongé par une limace, la courbe harmonieuse, élégante, du pied solide était un enchantement. Roman approcha le cèpe de son visage en fermant les yeux.
"Quelle merveille ! se dit-il, examinant le champignon reposant sur sa paume. Quel travail d'orfèvre pour une si petite chose ! D'ailleurs, qu'est-ce qu'un champignon ? Cela sort de terre, invisible dans l'herbe. Et qui en a besoin ? Hommes et animaux peuvent s'en passer. Est-il possible qu'il soit créé uniquement pour les limaces, avec ses pores minuscules, son délicieux chapeau à doublure blanche, son incomparable arôme ? (...)
S'ensuit une réflexion sur le pourquoi de l'existence du champignon, qui recèle plus d'un indice sur l'état d'esprit de Roman...

("Roman", Vladimir Sorokine, Ed. Verdier /2010, Trad. Anne Coldefy-Faucard, 594 p, )

Promis : bientôt mes billets sur "Limonov" (que j'ai déjà fini : EXCELLENT ! mais l'auteur aurait dû mentionner Sorokine quand même dans un pavé abordant le monde politique et littéraire soviético-russe des années 60 à nos jours : Emmanuel, j'attends une réponse !) et sur "Roman", que de toutes façons je vais dévorer chaque soir jusqu'à la dernière page et jusqu'à l'effarement dont j'espère je pourrai me remettre pour vous en parler.

Voir aussi :

lundi 16 avril 2012

"Noir Venin" : combinaison de tulipes noires et méduse

C'est la dernière fois que je prononce le mot "tulipe" ce mois-ci, promis...
mais les tulipes noires qui m'ont fait la joie de fleurir récemment m'ont tellement subjuguée que j'en ai remis un couvert sur le blog !

et comme j'aime aussi beaucoup admirer ma méduse, noir violine elle aussi, posée à côté de l'ordi : je les ai mariées en photo.

Cette méduse est un magnifique presse-papier fabriqué par un artisan souffleur allemand, acheté lors d'une rare virée à Paris.
(merci Nathalie de m'avoir confortée dans mon choix !).

Evidemment, nous avons une histoire de méduse dans la famille : la vilaine "méduse à Colas" qui avait piqué le petit alors qu'il se baignait dans si peu d'eau à Grayan. Sacrée méduse !

Après cela, nous avions vu des consoeurs méduses échouées sur la plage : assez peu amènes comme créatures, visqueuses, sens dessus dessous... Bref, elles ont fini dans la boite et basta ! (dans la boite = dans l'appareil photo - non, on ne les a pas gardées dans du formol, et non, aucune n'a été utilisée pour ma méduse presse-papier ! beurk !).

Bon, un conseil aux âmes sensibles: s'abstenir de regarder les portraits de méduses bordelaises ci-dessous !

NB : Sont-ce bien des méduses, ces bidules ? Nous l'avons présumé, mais la chose du milieu ressemble avec une pointe d'imagination à l'ovni de "2001 l'odyssée de l'espace"... (Euh, en quelle année déjà sommes-nous allés en vacances à Grayan ??!).

dimanche 15 avril 2012

Il y a 100 ans, le naufrage du Titanic

Petit hommage au Titanic avec ces dessins de l'un de nos enfants, quand, petit, il était passionné par le paquebot et en faisait des dessins magnifiques. Nous regardions le film plusieurs fois dans la semaine (je n'ose pas dire plusieurs fois par jour !).
Titanic
"Blue Titanic - with full inside details"
"Titanic on Green background with full inside details"
Les kids en totale vénération de la maquette
Il l'avait aussi construit en maquette (le papa ayant contribué activement)...
Totalement pris par l'histoire du paquebot, il fit plus tard don de sa maquette à l'aquarium des poissons, non sans l'avoir brisée en deux bien sûr, pour un réalisme total.

Epave brisée du Titanic échouée au fond de notre aquarium...
Les escargots de l'aquarium adoraient se promener dessus, inspecter l 'intérieur...
Voir photo de droite notre escargot, le si-bien dénommé "grospèpère" s'approchant de l'épave...

A présent, pour le centenaire du naufrage, le film ressort en 3D, et il n'y a que la mère qui serait intéressée à le revoir dans cette nouvelle version...
C'est vrai qu'après la période "Titanic", les enfants ont eu leurs périodes "train électrique", avions légos, Harry Potter en légos, bâteau pirates playmobil etc....
Titanic : Esquisse

Titanic en couleurs avec détails de l'intérieur
Tout passe !

Mais le Titanic, aujourd'hui sorti de l'aquarium (on s'est demandé si la colle et la peinture à maquette n'avaient pas causé quelques décès...), est toujours dans la chambre du grand (oui, il est grand à présent !): une relique chère...


Ne manquez pas le prochain article "suite" du Titanic à la maison :

une VIDEO de l'épave entourée des poissons et à l'assaut de laquelle notre escargot star "Grospèpère" va se lancer en live (à son rythme d'escargot...).



samedi 14 avril 2012

Jardin en coup de vent : arums, géraniums, ancolies, myosotis


Cocci lovée dans une fleur d'arum

Triste temps à nouveau... pour le 1er jour des vacances de Pâques : ciel couvert, averses, vent, quelques fois le soleil troue les nuages mais pas très longtemps ! Heureusement les enfants partent au soleil.

Un coup d'oeil à ma récente acquisition : un beau pied d'arums avec deux fleurs énormes, acheté à la brocante.

Toujours pas planté car il doit être installé de préférence au soleil la matin et à l'ombre l'après-midi : toujours pas trouvé son emplacement idéal ! Mais cela n'a pas empêché une demoiselle coccinelle de s'y installer...

Et le problème quand on achète ou récupère une plante, c'est qu'il faut la planter !
Cela demande, en ce qui me concerne, des réflexions épuisantes sur le lieu idéal et final de plantation. Tant et si bien que parfois la pauvre plante a le temps de dépérir avant que j'aie trouvé son emplacement et creusé le trou...

J'ai aussi acquis en même temps que l'arum deux pieds de campanules roses "géantes", avec les fleurs en godets. Il paraît que les pieds vont devenir vigoureux et faire une belle touffe, et aucun soin particulier...
Insecte faisant le petit fou dans une fleur d'arbre à coings
Quelles sont sinon les nouvelles de ce qui sort de terre ? Les iris, les hémérocalles, 3 lys pointent leurs tiges.
Surtout, les ancolies (columbine en anglais !)  dont mes indésirables gastéropodes se régalent, forment des touffes impressionnantes !
Je les avais cet automne isolé autour d'un rempart de coquilles d'huîtres dressées pour faire un barrage piquant (et illusoire ?) aux escargots et limaces... en tout cas, ces petits aménagements du territoire leur ont plu !

Et les géraniums vivaces, que j'avais divisés, forment aussi de belles touffes avec déjà des fleurs. Ce sont des pieds qui sentent merveilleusement bon... Le jardin fait du bien aux sens.
Les myosotis sont en fleurs, ainsi qu'une monnaie du pape...
La sauge de Jerusalem dont j'ai coupé les extrémités brunes est repartie et fait de belles pousses vert clair. Idem pour l'herbe à chats, les increvables achillées jaunes, la centaurée (bleuet vivace) dont j'avais repiqué des boutures en automne : elles ont bien pris.
En revanche, les penstemons ont mal résisté à l'hiver cette année : seules quelques pousses malingres ont survécu. Et le joli callistemon planté à l'automne me paraît irrémédiablement grillé et mort... De même mes deux pieds de lauriers roses : pas vaillants... beaucoup de mal pour peu de résultats avec ces deux-là...

vendredi 13 avril 2012

Allez, un dernier coup de tulipes !

Allez, pour finir la saison, un dernier coup de tulipes avec focus sur le coeur de ces beautés du printemps! Après on passera à autre chose...
Donc, les tulipes sont toujours là aujourd'hui 13 avril 2012, beaucoup commencent à faner, certaines sérieusement (mais aucune n'est encore desséchée comme le sont à présent les jacinthes).
Et voilà que de nouvelles apparaissent : les fameuses "tulipes noires" sortent leurs pétales maintenant, et les braves tulipes de la génération "dinosaure" (celles qui étaient là avec la maison quand on est arrivé...) sont toujours là, fiérotes et bien droites, mais tellement raides justement par rapport à leurs consoeurs nouvelle génération !

Une surprise : une rose de Noël (hellébore de son nom savant) est de nouveau en train de fleurir. Le pommier d'amour qui avait l'air un peu grillé par les frimas, une fois taillés ses petits brins desséchés, repart tout content !

Les euphorbes sont en passe de coloniser mon jardin tellement elles ressentent l'amour que je leur porte (mais bon, elle deviennent un peu encombrantes, je suis obligée de déplacer les pieds mal placés qui sinon nous bloqueraient rapidement tout passage). Ce sont vraiment des plantes superbes, été comme printemps, automne et hiver, et INCREVABLES ! sans aucun soin à leur apporter et quelque soit l'emplacement. Donc on ne peut pas jeter la pierre à des plantes aussi bonnes vivantes.

mercredi 11 avril 2012

Jo Nesbo : "L'homme chauve-souris, Les cafards, L'étoile du diable" (polars)

Jo Nesbo est né en 1960 en Norvège. Avant de devenir auteur à succès en 1997 avec les enquêtes de l'inspecteur Harry Cole, Jo Nesbo a été musicien et journaliste économique : un homme polyvalent et doué !

L'homme chauve-souris : Une enquête de l'inspecteur Harry Hole par NesbøJo NESBO - L'homme chauve-souris ***** 1997
Il s'agit donc du 3e livre que je lis de cet auteur, et je n'ai pas été déçue comme je le fus par L'étoile du diable alors que j'avais beaucoup aimé Les cafards...
J'avais donc déjà lu 2 enquêtes de l'inspecteur norvégien Harry Hole, et j'étais familiarisée avec ce policier assez solitaire, ex-alcoolique toujours sur le fil de la récidive, amoureux malchanceux ou maladroit, en bisbille avec la hiérarchie... mais un policier sympathique, fragile, humain.
L'homme chauve-souris est le 1er récit de la série (j'ai donc pris les choses à l'envers) : Harry est envoyé en Australie enquêter sur le meurtre sauvage d'une compatriote, serveuse dans un bar de Sydney.
Nous sommes tout de suite mis dans l'ambiance quand le commissaire lui adjoint un flic "borderline", Andrew Henderson, sympa, bizarre, grand, fort, très à l'aise avec les milieux chauds de la ville... et aborigène - le seul de l'équipe (pour respecter les quotas de l'administration, il a eu cet honneur).

Je dois préciser que, étant allée une seule fois à Sydney pour le boulot, je pensais quand même avoir un petit aperçu correct de la ville. Remballé l'aperçu : le roman de Jo Nesbo ne décrit qu'une ville ou ses quartiers les plus chauds, les parcs dangereux, les bars louches, la coke, l'héro, les prostituées et homosexuels omniprésents dans le roman. Et parfois, des détours en province, Brisbane, Nimby... dans les milieux interlopes où sévirait un violeur et serial killer.
Avec quand même quelques minces allusions, vraiment fugaces, à l'Australie charmante et touristique (Bondi Beach, Les Blue Mountains, Cairns...).
Ce livre nous plonge dans les bas-fonds de Sydney ET nous apporte des précisions sur la culture aborigène : voilà pour la partie touristique !!!
En ce qui me concerne, je m'étais déjà beaucoup documentée sur la culture aborigène et l'histoire terrible de ce peuple : donc les éléments d'infos apportés par l'auteur ne m'ont pas éclairée davantage sur ce sujet historique. En revanche, après lecture de ce livre, je ne conserve de Sydney que des images de bas-fond, de lieux de  trafics, de prostitution... Un peu réducteur, ce que je regrette, mais peut-être est-ce le vrai visage de cette mégalopole la nuit comme cela peut l'être de Paris... (je ne me suis pas aventurée seule le soir dans les bars ou parcs de Sydney).
L'intrigue ? Elle patine de plus en plus au fil des chapitres ! Fausses pistes, digressions, états d'âme des personnages : foin de rebondissements mais une étude de chaque personnage, qu'il soit capital ou vague témoin, propre à agrémenter le récit de détails sur la culture aborigène, les croyances ancestrales, les habitudes de la communauté homosexuelle, la vie des jeunes touristes étrangers attirés par le rêve australien et échoués comme serveurs ou strip teaseuses, les tournées de cirques et de combats de boxe appréciées depuis des lustres dans ce vaste pays. Une intrigue qui prend son temps... lecteurs avides de rebondissements, passez votre chemin !

Notre inspecteur Harry, en interrogeant les collègues de la serveuse assassinée, tombe amoureux d'une beauté rousse et suédoise, presqu'une compatriote. Avec ses longs cheveux roux, il la compare d'ailleurs à une méduse. Leur histoire occupe les chapitres nocturnes, tandis que le jour l'enquête piétine, l'interpellation d'un suspect sérieux tourne au cauchemar sanguinolent avec un homme guillotiné et un autre pendu par un fil électrique... C'est l'un de ces mauvais jours, tout est parti à vau-l'eau, Harry craque et rompt son abstinence, s'enfonçant dans une cuite sans fin. Heureusement, sa jolie "méduse" le reprend en main.
Je ne vous raconte pas la fin, pour ne pas dévoiler l'identité du tueur.
Cependant, les derniers chapitres ou plutôt les dernières pages contrastent avec le reste du livre: là tout est mené tambour battant, plus le temps de réfléchir, la méduse est kidnappée, une folle course contre la montre confronte le tueur et la police, et la scène finale est digne d'un James Bond avec chasse à l'homme dans l'aquarium à requins de Sydney...
Evidemment, notre Harry s'en sort, mais il y a des dégâts collatéraux...
Le tueur ? un peu tiré par les cheveux quand on repense à son personnage : un personnage pas assez fouillé, les raisons l'ayant conduit à commettre ces tueries sont peu explicites - alors qu'un des suspects (le dealer professionnel) a eu droit à un examen exhaustif de son enfance, ses relations, son rapport avec sa mère etc. Finalement, du vrai tueur, le lecteur ne sait pas grand-chose, c'est un peu dommage.
Donc un bon roman policier, au rythme inégal, qui donne un petit aperçu de la culture aborigène, et plonge le lecteur dans le "hot" Sydney.

Extraits : - "Elle tourna vers le large son visage constellé de taches de rousseur, et le vent rabattit ses cheveux roux en arrière. Elle ressemblait à une méduse. Il ne savait pas que les méduses pouvaient être aussi belles."
- Description de Brisbane par Andrew : "la ville est à l'image d'une cuisine fraîchement briquée, au beau milieu d'une ferme: brillante, tracée au cordeau et fonctionnelle - entourée de tout plein de vaches occupées à ruminer."
- "Tu viens souvent dans ce parc, Joseph ? Ouais, souvent. Joseph enclencha à nouveau son regard kilométrique, et il ne fut plus là."
(Ed. Folio policier, Trad. Langen & Fouillet, 473 p. - belle couverture photo Fogden/Corbis)

Pour qui s'intéresse à la culture aborigène :
  • le film "Rabbit-proof fence" ("Le chemin de la liberté" en français),
  • les romans policiers d'Arthur Upfield, mettant en scène le détective Napoleon Bonaparte (voui !), de mère aborigène et père européen - ce sont d'excellents polars écrits il y a plus de 50 ans, qui se déroulent dans le bush, et les déductions et enquêtes de Napoleon sont tellement savoureuses que l'on avale ses récits à la chaîne (faut que je fasse une chronique !).


Les cafards : Une enquête de l'inspecteur Harry Hole par NesbøJo NESBO - Les cafards *****
Premier livre de cet auteur que je découvrais. Et bonne lecture, avec un suspense prenant et, cerise sur le gâteau, une découverte de la Thaïlande pour qui ne connaît pas le pays (comme moi...).
L'inspecteur norvégien Harry Hole, ex-alcoolique, est envoyé à Bangkok résoudre le meurtre de l'ambassadeur de Norvège, poignardé dans une maison de passe. Il s'avère que l'ambassadeur détenait des photos pédophiles sur son ordinateur : là, je reconnais avoir craint que le roman ne vire trop facilement aux clichés sur la Thaïlande et les réseaux pédophiles... mais j'ai poursuivi la lecture pour profiter il est vrai de la visite de Bangkok, détaillée à loisir par l'auteur.
De fait, on "découvre" Bangkok en même temps que Harry dès sa sortie de l'aéroport : la chaleur, l'humidité, la pollution, les embouteillages, la circulation complexe, la prostitution, la pauvreté, le cercle des expatriés, les soupes thaïes, les combines ...
Donc notre Harry doit collaborer avec la police thaïlandaise, et, ce qui met du piment dans la soupe (!), avec une policière musclée moitié thaïlandaise moitié américaine, personnage haut en couleurs et sympathique.
Pas facile quand même de collaborer avec la police locale quand, en prime, on n'a pas l'air d'être soutenu par sa hiérarchie en Norvège... Mais Harry tient bon, il lutte contre la bouteille et ne lâche pas l'affaire, et heureusement il a aussi ses propres intuitions...
L'intrigue est passionnante, on apprend à sympathiser avec la famille atypique de l'ambassadeur assassiné: une veuve un peu barjot, mais surtout la fille ado paumée, fragile, handicapée, heurtée par la vie et qui est un personnage vraiment attachant.
Nous sommes bringueballés de fausses pistes en fausses pistes, mais l'intrigue est tellement alambiquée, faut-il reconnaître, que je doute qu'un seul lecteur ait trouvé la clé avant le dénouement !
Le meurtrier est un courtier norvégien anodin qui a échafaudé un plan diabolique pour faire accuser du meurtre un autre norvégien, businessman pourri et pédophile... et faire assassiner en même temps la fille de l'ambassadeur pour pouvoir épouser la veuve, héritière de tout... et n'ayant pu que 6 mois à vivre. Le courtier aurait alors touché le super gros lot...
Je dois reconnaître que j'ai beaucoup apprécié ce livre car il m'a fait découvrir Bangkok de long en large, et j'aime les "livres-voyages". (J'ajouterais en bémol qu'il était un peu trop facile d'insérer la pédophilie à une intrigue se déroulant dans cette capitale... Mais le sujet est bien mené et hélas reconnu.) (Ed. Folio policier)



L'étoile du diable : Une enquête de l'inspecteur Harry Hole par NesbøJo NESBO - L'étoile du diable ***** (2005)
Bon... Ce titre de Jo Nesbo se laisse lire bien sûr mais je l'ai lu avec moins d'enthousiasme que "Les cafards", un de ses précédents romans que j'avais dévoré.
L'intrigue se déroule cette fois-ci en Norvège, mais je n'y ai pas retrouvé la verve et le niveau d'intrigue des "Cafards".
Certes, l'auteur nous plonge dans un univers que peu d'entre nous connaissent : Oslo, la capitale écrasée sous une canicule historique, et en proie à un serial killer qui coupe un doigt de ses victimes et laisse traîner un diamant à côté.
J'ai refermé le livre en me faisant cette remarque : pas aussi exceptionnel ou novateur quand on a lu les Mankell ou autres policiers nordiques... J'abandonnerai vite la série...              (Ed. Folio policier)

Voir aussi sur ce blog :
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